Nos points faibles nous définissent

Ce matin, ma femme m’a posé une question très intéressante : « Doit-on travailler nos points forts ou plutôt nos points faibles ? »

Travailler sur nos points forts semble évident au premier abord. C’est d’ailleurs ce que font la majorité des gens, souvent car c’est plus facile, mais aussi car ils n’ont pas saisi l’importance de considérer l’ensemble du spectre de la préparation physique dite « générale ». On voit des ultra-traileurs qui ne misent que sur le cardio-vasculaire, et à l’opposé des powerlifters qui soulèvent très lourd mais ne peuvent pas courir 5 km.

J’ai moi-même longtemps considéré que je pouvais fermer les yeux sur mes déficiences et me concentrer uniquement sur mes zones de pleines capacités. Ma chance dans la vie a été de constater que je n’étais bon nulle part, et cela m’a forcément aidé à être convaincu de ma façon d’aborder l’entraînement aujourd’hui (et les autres sphères de ma vie également). Je suis médiocre partout, et cela m’a convaincu de m’intéresser à aplatir la courbe de mes compétences. Il me semble que cela me donne un avantage indéniable dans la vie. Je peux m’attaquer à tout en espérant des résultats moyens, qui sont en général suffisants. Et cela ne m’empêche pas de pousser un peu plus loin sur les sujets qui me passionnent le plus.

Il me semble que concevoir ma pratique physique de cette manière me rend finalement plus fort. C’est ce que les premiers hommes faisaient (à vérifier), là où notre société valorise l’ultra-spécialisation. Pour moi, cela rend faible : si je suis déficient sur 90 % des choses de la vie, je dois compter sur les autres ou sur des structures extérieures, et je suis donc dépendant — ce que je considère comme une position de faiblesse.

Et nos points faibles l’emporteront toujours, car ils sont limitants. Il me semble que tout travail de préparation physique pour la vie de tous les jours devrait donc s’attaquer en priorité à ces points faibles.

Évidemment, consacrer du temps à nos points forts favorise la confiance, nous satisfait puisque nous sommes en terrain « favorable », et nous sommes bien sûr plus enclins à nous investir mentalement dans ces tâches.

De plus, nous pouvons choisir de nous consacrer, par plaisir ou par nécessité (concours, compétition, raison professionnelle), à un objectif précis. Réussir une traction, par exemple. Il va donc falloir consacrer plus de temps à cet objectif, et nous allons devenir de plus en plus à l’aise dessus. Dans ce cas, il s’agit de spécialisation.

C’est ce compromis que j’ai choisi de mettre au cœur de ma méthodologie d’entraînement au Manosque Training Club. Vos objectifs pour raisons personnelles sont travaillés, car ils vous apportent un résultat qui vous motive à continuer. Mais, dans le même temps, je vous expose à vos points faibles. Il s’agit de rééquilibrer la synergie de vos muscles, d’apprendre ou de consolider vos schémas moteurs déficients. Tout cela vous permet d’obtenir un corps fiable et capable, résilient dans toutes les situations auxquelles vous pouvez être confronté dans votre vie.

Et cela peut fonctionner dans l’autre sens. Je vais prendre l’exemple de Mary pour illustrer cette idée. Elle est venue me voir à la base pour raison professionnelle. Elle fait de la manutention dans son travail et ressentait des douleurs dans le bas du dos, et de façon générale une faiblesse face à cette partie de son activité. Nous avons traité ce problème. Une fois résolu, elle a souhaité passer sa première traction. Nous avons consacré un tiers du temps à travailler la traction (qu’elle a réussie en environ 6 semaines — bravo à elle) et les deux tiers restants ont été consacrés à travailler son déséquilibre jambe gauche/droite, son gainage, l’activation de ses fessiers et sa capacité aérobie, qui étaient des points faibles que j’avais identifiés.

C’est paradoxalement ce que vous n’aimez pas faire que vous devez souvent faire le plus, pour avoir un corps plus complet et réduire vos maillons faibles, qui constituent justement vos vulnérabilités aux événements de la vie.

Un coach qui comprend les enjeux de cette dichotomie pourra vous exposer à vos points faibles sans vous dégoûter définitivement de l’entraînement. Vous verrez que dépenser de l’énergie pour ce qui compte vraiment en vaut la peine.

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