Construire un corps au service de votre vie

Samedi dernier j’ai fini un trail de 29 km avec 1000 D+ en 3h34, sans aucune préparation particulière et avec une blessure au genou.

Ce qui m’a réjoui en passant la ligne d’arrivée, ce n’est pas ma 94e place sur 114 ou ma 11e place sur 12 dans ma catégorie d’âge (no comment, c’est mon choix de faire des sports où mes 15 kilos de muscles sont considérés comme un inconvénient).

Non ce qui m’a réjoui c’est de m’arrêter sans être essoufflé, le corps harassé, certes, mais pourtant en capacité de reprendre ma vie où je l’avais laissé avant le départ, sans subir de diminution particulière.

C’était un peu l’idée que j’avais derrière la tête en prenant ce dossard au dernier moment : savoir si le mode de vie que j’ai construit produisait un corps capable d’encaisser ce genre d’événement sans avoir été construit spécialement pour ce défi.

Le résultat est donc oui. Et ce trail pose un jalon : je sais où sont mes limites en condition « normale ».

C’est pour ça que je te raconte tout ça. Ce n’est pas une histoire de performance. C’est une histoire de système.

La plupart des hommes pensent qu’avoir un corps capable et esthétique demande de changer complètement leur vie. Comme s’il fallait la mettre en pause pour s’en occuper. Je pense bien sûr le contraire pour l’avoir vécu moi-même. Laisse-moi te montrer comment construire un corps qui soutient ta vie au lieu de la consommer.

Le bien-être qu’on te vend est de la performance déguisée.

Dans ma perspective de coach, je vois le fitness pour ce qu’il est : une industrie.

Et une industrie a pour vocation de gagner de l’argent, pas de prendre soin de ses adhérents.

Elle maquille la performance en bien-être pour vendre, en agitant des prétextes de santé qui n’ont pas grand-chose à voir avec elle.

Trails, ultra-trails, triathlon, Hyrox, CrossFit, c’est super sexy.

Ça rapporte un max.

Et nous autres, je m’y inclus volontiers, nous cherchons un statut.

Nous voulons nous réaliser.

Nous voulons être reconnus pour ce que nous faisons (là où il s’agirait plutôt de l’être pour ce que nous sommes, mais c’est un autre sujet).

Notre métier est le premier domaine dans lequel nous cherchons ce statut, tout depuis l’enfance nous y prépare. On doit pouvoir être fier lorsqu’on répond à la question « tu fais quoi dans la vie ».

Et quand le travail ne suffit pas ou ne répond pas à nos besoins de statut on cherche à prendre un autre costume.

Celui d’athlète.

C’est ce que j’ai vécu.

Lorsque j’ai commencé à être insatisfait de ma position professionnelle j’ai choisi de devenir un CrossFitter.

J’ai épousé tous les codes, vestimentaires, posture, discours, jargon…

Je me suis rendu compte que je n’aurais jamais le niveau sportif pour que la réalité de mon niveau soit cohérent avec cette identité que j’avais empruntée.

Ensuite je me suis inventé Triathlète. Je me suis épuisé à préparer des épreuves. Pendant tout ce temps moi qui clamais haut et fort que je faisais tout ça pour ma famille, j’étais absent pour m’entraîner encore et encore.

Et puis quand j’étais là je ne pensais qu’à manger et me reposer.

Après avoir passé la ligne d’arrivée non sans émotion, il me restait quoi comme choix ?

Persister dans ce costume et recommencer avec les conséquences sur ma vie à m’entraîner sans regarder ni derrière ni devant moi, ou abandonner et retomber dans le vide du « je fais quoi maintenant ».

« Plus tu montes haut, plus tu vois de gens au-dessus de toi. »

La vérité que j’ai expérimentée à mes dépens c’est que remplacer le statut professionnel par le statut d’athlète auto-proclamé ne fonctionne pas.

Le succès dans un domaine compétitif est lié à la position. Le statut se définit forcément par rapport aux autres compétiteurs, donc le plafond recule indéfiniment.

La quête de statut sportif est mathématiquement insatisfaisante.

Je pense qu’il est important de se désapproprier de ces rôles adoptés pour exister vis à vis des autres pour redevenir soi.

Ce qui signifie construire un ensemble de pratiques qui soutient cet « être soi ».

Les défis sportifs peuvent en faire partie bien évidemment, mais en étant pleinement conscient des répercussions sur la façon dont nous souhaitons vivre notre vie.

S’il s’agit d’être absent, constamment épuisé, constamment insatisfait, dans la comparaison et les statistiques, ce n’est pas la vie que je choisis.

Mais pour redevenir soi, je ne vois que 2 mondes qui me sont proposés par l’industrie.

Un monde compétitif, de comparaison, du no pain no gain caractérisé par une action énergivore et excessive. Celle qui mène à la performance et donc à un niveau de santé général plutôt faible en terme de longévité.

Un monde molasson du développement personnel, où l’on se rejoint pour se faire des câlins, faire de la boxe et des bains froids avec le bonheur d’être enfin écouté le temps d’un week-end. Celui des livres qui analysent ce que vous vivez aujourd’hui mais dans lequel le rapport au corps n’existe pas. Et celui à l’action non plus…

J’ai décidé de suivre une troisième voie, celle que je vais vous expliquer dans la dernière partie de cette lettre.

Une voie caractérisée par l’action mais avec une forme de sobriété. Une voie qui sert la vie au lieu de la voler. Une voie dans laquelle j’ai un corps fiable, fort, endurant, sans renoncer à mon rythme, à mes besoins, ni à mes liens.

C’est cette voie que je construis chaque jour. Pas en réagissant pour briller aux yeux des autres. En choisissant.

Je te propose d’essayer.

Les qualités qui produisent un corps capable (et esthétique par conséquent)

Lorsqu’il s’agit de construire un mode de vie qui nous soutient on ne veut surtout pas commencer par ajouter des choses par-dessus une façon de vivre qui ne change pas.

Il faut d’abord renforcer ses bases. C’est ensuite, et seulement ensuite, qu’un défi devient un choix possible.

À mon sens, un corps capable est une combinaison de 3 qualités. La plupart des hommes sportifs ne les développent pas toutes. Ils sont donc spécialistes dans leur discipline (et performants jusqu’à un certain point) mais ils restent « faibles » lorsqu’il s’agit de la vie normale.

  1. La masse musculaire

Construire des muscles est vraiment la base. Sans matière, tu n’as pas grand-chose à mobiliser. Après 30 ans, si tu ne t’occupes pas de développer ou de maintenir activement ta masse musculaire, tu vas en perdre environ 1 % par an. En 15 ans le résultat peut être terrifiant.

En plus de te rendre plus solide et esthétique, le muscle consomme de l’énergie. Il permet à ton corps de beaucoup mieux gérer tes apports énergétiques liés à l’alimentation. Concrètement plus tu es musclé moins tu vas stocker facilement de gras.

Pour créer du muscle je te conseille de t’entraîner 2 à 3 fois par semaine. Il s’agit de faire des mouvements sous charge qui impliquent le plus de parties du corps possible (mouvements poly-articulaires).

Squat, soulevé de terre, pompes, presse en overhead, tractions et tirage dos.

On fera des séries de 8 à 12 répétitions en allant chercher un effort proche de l’échec en prenant soin de garder 2 à 3 répétitions en réserve.

  1. La force, et la mobilité qui va avec.

La force est la qualité mère.

Si je ne devais en entraîner qu’une ça serait celle-ci. Il s’agit de la capacité de déplacer une charge d’un endroit à un autre.

Par extension, il s’agit également d’avoir accès à des amplitudes de mouvements de façon active (sans stretching).

Dans ma vision de la force, je souhaite pouvoir déplacer des charges avec un maximum d’amplitude afin d’être pleinement adapté aux mouvements que je vais rencontrer dans mon quotidien.

Dans la vraie vie, tu ne bouges jamais dans un axe précis comme sur une machine. Tu te penches en torsion, tu portes en déséquilibre, tu te relèves d’un canapé bas avec ton enfant dans les bras.

Un petit test typique de force à faire chez toi : le squat profond.

Es-tu capable pieds nus de t’accroupir avec le dos droit en amplitude complète et te relever sans difficulté particulière ou sans tomber en arrière ?

Si ce n’est pas le cas, tu es faible sur ce pattern de mouvement et je te laisse imaginer les conséquences que ça peut avoir sur ton autonomie en vieillissant.

Un autre test : peux-tu toucher tes pieds en gardant les jambes tendues ? Beaucoup appellent ça de la raideur. En réalité c’est un manque de force dans la chaîne postérieure.

La force se travaille d’abord au poids de corps puis en ajoutant des charges conséquentes. Un homme en bonne santé devrait pouvoir soulever 10 fois son poids de corps sur un squat.

  1. La santé cardio-vasculaire (le cardio)

Il y’a une croyance commune qui dit que travailler son cardio c’est se mettre dans le rouge.

J’aimerais simplifier : le rouge c’est de la performance. Ça a sa place dans un projet sportif. Ça n’a presque rien à voir avec la santé cardiovasculaire ni avec la longévité.

Un cœur qui fonctionne, ça se construit lentement. À une intensité où tu peux tenir une conversation pendant que tu bouges.

Si tu n’arrives pas à parler en phrases complètes, tu es trop haut. C’est aussi simple que ça.

Ce n’est pas sexy sur Strava mais c’est ce qui construit une bonne condition physique en te préservant de la fatigue et des risques de blessures.

À cette intensité, il se passe des choses qu’aucune séance dure ne te donne.

Ton cœur augmente sa capacité d’éjection : il pompe plus de sang à chaque battement, alimente le corps en battant moins vite, se fatigue moins.

Tes muscles se vascularisent.

Tes mitochondries se multiplient.

Ton corps apprend à utiliser ses graisses comme carburant.

Et tu récupères plus vite sans dilapider ni ta masse musculaire ni ta force.

Concrètement : deux à trois sorties par semaine, de 30 à 45 minutes, à l’intensité où tu peux parler. Marche en côte ou avec gilet lesté, vélo tranquille, jogging lent, rameur sans forcer. `

Le but n’est pas de transpirer comme un bœuf, ni de prouver ta bravoure. Tu en fais déjà assez ailleurs.

Le but est contre-intuitif, je sais. C’est l’inverse de ce qu’on pense tous. C’est de finir frais.

Aucune de ces trois qualités ne donne les autres en cadeau. Chacune se construit séparément.

C’est exactement ce que j’ai vérifié samedi dernier. Ce n’était pas une performance. C’était une vérification du système. Et la vérification est passée.

— Hugo

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